Comment concilier performance et qualité des prestations dans les ESSMS ?

« Les directeurs généraux d’association ne doivent pas tomber dans un management autoritaire »

Paru dans Actualités Sociales Hebdomadaires: N° 2730 du 28/10/2011

Rubrique : Questions à

Auteur(s) :

PROPOS RECUEILLIS PAR

ISABELLE SARAZIN

Le Groupement national des directeurs généraux d’association (GNDA) (1) vient d’adopter un texte fixant des références éthiques pour ses adhérents. Celui-ci insiste sur leur engagement militant, explique Philippe Richard, nouveau président du GNDA.

- Pourquoi des repères éthiques ?

– Les directeurs généraux d’association sont soumis aujourd’hui à des impératifs de rentabilité et d’efficacité tels qu’ils peuvent en oublier le secteur social et médico-social dans lequel ils sont. Si la question des risques psychosociaux émerge au sein de nos établissements, ce n’est pas par hasard ! Alors que nous sentons une pression pour aligner les modes de gestion de ce secteur sur ceux des entreprises lucratives, nous devons veiller à ne pas tomber dans un management autoritaire et brutal. D’où l’intérêt qu’un texte de référence aide les directeurs généraux à y voir plus clair sur les valeurs de leur métier.

Ce besoin de repères est d’ailleurs nettement apparu dans les groupes de travail que nous avons mis en place au sein du GNDA. Il ne s’agit pas de donner des leçons, mais de défendre une éthique de la fonction de directeur général.

- Un texte néanmoins abstrait…

– Au contraire, il renvoie à des situations très concrètes. Par exemple, les agences régionales de santé peuvent lancer des appels à projets pour créer un établissement ou un service, qui vont mettre en concurrence les associations entre elles et avec le secteur lucratif.

Il pourrait être tentant de faire une offre au rabais afin de remporter le marché. Cette déclaration rappelle que le directeur général  « s’interdit tout comportement agressif et mercantile » et tout développement de l’association  « qui ne serait pas motivé par l’intérêt des populations ».

Par ailleurs, sa place d’interface entre le conseil d’administration de son association et l’équipe de salariés peut parfois être difficile à tenir. On peut imaginer que, dans un établissement recevant des personnes polyhandicapées, les équipes, du fait même de l’organisation, soient plus dans le gardiennage que dans l’accompagnement. Ce que les parents – réunis au conseil d’administration – vont juger inacceptable. Au directeur général de faire évoluer la situation dans le sens le plus favorable aux personnes accueillies. A l’inverse, un conseil d’administration peut faire pression sur lui pour qu’il néglige le droit d’expression des usagers ou les instances de représentation du personnel. Le texte rappelle là encore que celui-ci doit veiller à la cohérence du projet associatif dans le respect des usagers et des repères déontologiques du travail social.

- Sans avoir toutefois de valeur contraignante…

– C’est un engagement que tout adhérent au GNDA s’engage à respecter, et ce n’est pas rien. Il a fallu un an de travail et de nombreuses moutures pour parvenir à nous mettre d’accord ! Nous avons dû aussi faire face à l’opposition de quelques directeurs mal à l’aise avec ces recommandations qui impliquent une vigilance de tous les instants.

Certains, incités ou non par leur conseil d’administration, sont plus dans une logique de développement de services tous azimuts, proche d’une logique marchande, que dans la réponse aux besoins.

- La charte rappelle d’ailleurs la dimension militante de la fonction…

– Elle précise – c’est un point très important – que le directeur général « associe une dimension militante à l’exercice de sa responsabilité du fait de l’utilité sociale des actions de l’association ».

Le risque, c’est qu’avec la technicisation de sa fonction, il devienne un expert, certes très pointu, mais dénué de tout engagement. Or comment travailler dans notre secteur sans s’interroger sur le défaut de mise en œuvre de certains droits, comme l’accessibilité pour les personnes handicapées, ou l’absence de politique à l’égard de la jeunesse ? Les directeurs généraux doivent aussi avoir une parole politique que le GNDA entend d’ailleurs relayer en interpellant, à côté d’autres associations, les pouvoirs publics (2).

Notes :

1) Qui réunit 250 directeurs généraux d’association du secteur éducatif, social et médico-social.

(2) Le GNDA vient de signer avec d’autres associations un manifeste sur les politiques de la jeunesse.

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